Pierre de La Ramée, humaniste picard.
Il est né en 1515 à Cuts, dans l'Oise, en Vermandois,
fils d'un gentilhomme pauvre qui travaillait de ses mains, petit-fils d'un
Liégeois chassé par les guerres de Flandre sous Charles le Téméraire, réfugié en
Picardie après avoir perdu tous ses biens, qui se fit charbonnier. Après une
enfance maladive, Pierre est reçu au collège de Navarre où il se fait valet pour
payer moins cher ses études.
Il est reçu Maître ès arts en s'opposant dans sa
thèse à la philosophie d'Aristote, obtient une bourse pour le collège de Presle,
y devient professeur puis principal. Il combat alors de toutes ses forces la
logique enseignée, dans ses cours et dans ses ouvrages. Un savant devant écrire
et signer en latin, il prend le nom de Ramus. Une dispute violente avec un autre
principal, partisan des théories d'Aristote, monte jusqu'au Parlement et au roi
François 1er. Ramus perd son procès. Il continue sa lutte, se maintient au
collège malgré les menaces d'exclusion, soutenu par la Cour et, en 1555, protégé
par le cardinal de Lorraine, obtient la chaire de philosophie du collège Royal.
Il publie des grammaires latine et française, corrige la prononciation, fait
diminuer les frais d'étude, établit des cours réguliers dans les facultés et
l'université le choisit plusieurs fois pour des missions auprès du roi. Mais la
réforme a commencé, il se fait calviniste. Après l'édit de 1562 permettant
l'exercice public de la religion réformée, il blâme l'université et désavoue le
recteur qui étaient contre. La guerre civile commence : il fuit Paris, est
destitué, sa bibliothèque pillée, son collège dévasté. Charles IX l'abrite
secrètement à Fontainebleau où il est découvert.
Il fuit à nouveau, passe à
l'armée de Condé, ramène le calme avec son talent d'orateur dans les troupes du
prince et de Coligny, mutinées parce qu'elles ne touchaient pas leur solde. La
paix conclue en 1570, rentre à Paris où ses emplois lui sont rendus. Il les
refuse car il désire une chaire à Genève, capitale du calvinisme. Mais Théodore
de Bèze lui refuse : à Genève, on ne tolère pas les critiques d'Aristote. Revenu
à Paris, en 1572, il refuse d'aider Henri III à accéder au trône de Pologne et
reprend ses fonctions au collège. C'est la Saint-Barthélémy ; il se cache deux
jours dans une cave, y est découvert. Il donne tout ce qu'il possède en échange
de sa vie mais, sitôt dépouillé, est livré aux tueurs, égorgé, jeté par une
fenêtre.
Des étudiants et des maîtres traînent son corps dans les rues jusqu'à
la place Maubert, le frappent, le déchirent, le jettent à la Seine. Des
disciples l'en retirent, le déposent dans une barque devant laquelle Paris vient
s'incliner. Il disparaît à soixante-neuf ans après une vie austère, et laisse,
par testament, 500 livres de rente pour payer un professeur pendant trois ans au
collège Royal. Généreux et désintéressé, il a passé sa vie à aider les écoliers
pauvres. Il a laissé de nombreux ouvrages d'arithmétique, de géométrie, de
grammaire grecque, latine et française, de philosophie et un des plus grands
noms de la Picardie.
(D'après Leloup de
Sancy - 1837).
(c)André VACHERAND Secrétaire Général de la Société
Académique de Saint-Quentin